#Onveutduvrai – Virginie (suite et fin)

Quelques jours après la signature de ma rupture conventionnelle, une autre étape commença : le prochain enseignement. Ce qu’il se passe dans la vie privée peut servir dans la vie professionnelle.

Je passais mon entretien pour le poste d’accompagnateur-coach au sein de la Mission Locale d’Alsace du Nord, à Haguenau le 20 Juillet 2020, avec Frédéric Woehrel et Laurence Bricka. Monsieur Woehrel me fit une remarque, j’avais mis dans la « Divers » (comme quoi tout est lu dans un CV !) « 2017-2018 : parent-aidant auprès de mon frère » et il me dit alors : « vous savez, cela, vous pouvez le mettre dans « expérience professionnelle », vous avez acquis des compétences durant cette période. »

Mon frère a fait un arrêt cardiaque à l’âge de 27 ans. Avec certains de ses collègues, il préparait le semi-marathon de Paris et il a fait son arrêt lors de l’entrainement au Parc Monceau de Paris. Fort heureusement, était présent ce jour-là le collègue SST, qui a eu les bons réflexes et a commencé le massage cardiaque en attendant les pompiers. Les pompiers ont mis 28 minutes à le récupérer. Après au passage au SAMU, il a été transféré à l’hôpital européen Georges Pompidou. Les médecins n’ont jamais trouvé la cause clinique de son arrêt. Enfin, il a été transféré à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière
pour sa rééducation. Pendant les 6 mois de son hospitalisation, j’ai été présente du début des heures
de visites, à la fin de celles-ci, tous les jours.

Mon frère a eu de la chance d’avoir cet arrêt jeune, en étant sportif et encore étudiant à ce moment-là, car cela a permis à son corps et son cerveau d’avoir de bonnes bases pour récupérer. Il n’a eu aucunes séquelles physiques, mais sa mémoire a été endommagée, notamment sa mémoire immédiate. C’est pourquoi une présence constante était nécessaire, afin d’avoir un repère fixe qui lui permette de se relever et de se reconstruire.

A la fin de son hospitalisation, nous sommes revenus chez notre mère. Aujourd’hui, mon frère va bien, il a gardé quelques séquelles de son accident, mais cela ne l’empêche de suivre une vie ordinaire. Il est vrai que durant cette période il a fallu être sur plusieurs front, j’ai appris beaucoup de choses et
surtout c’est avec cette expérience que j’ai pu toucher du doigt ce dont pourquoi je suis faite : accompagner.

Une fois que l’état de mon frère s’est stabilisé, je me suis mise en quête d’une formation pour faire de l’accompagnement. Comme aucunes causes cliniques n’avaient pu expliquer son arrêt, je me suis posé la question de la cause émotionnelle. Si les émotions pouvaient faire cela, il est important de savoir les gérer. En réponse à cela, j’ai trouvé la sophrologie. J’ai choisi la formation de Catherine Aliotta pour ses référencements et sa certification. Quand on choisit des formations en ligne, il est important de regarder si elles sont reconnues, ou non, au niveau du ministère du travail et si elles délivrent des
certificats qui permettront l’exercice du métier. L’année suivante, je complèterai cette formation par une formation de coaching, afin de diversifier mes approches. C’est cette formation qui me mènera à l’offre d’emploi de la Mission Locale.

J’ai obtenu ma certification de coach professionnel (via Linkup Coaching) en février 2020 et le 27 Juillet 2020, je faisais mes premiers pas au sein de la mission locale. Comme vous l’avez certainement remarqué depuis le début de cet article, je parle souvent de peurs. Durant tout mon parcours professionnel, j’ai dû affronter mes peurs et c’est grâce à cela que j’ai pu progresser. En affrontant nos peurs, on s’ouvre des opportunités. Cela permet également d’avoir des souvenirs dont on peut être fiers et qui nous permettront de nous réconforter lorsque des temps difficiles arrivent.

Parmi toutes mes expériences professionnelles, celle dont je suis le plus fière est mon expérience en tant que téléconseillère dans un call-center. J’ai fait une mission d’intérim de 6 mois, dans un call-center, alors que j’étais phobique du téléphone ! Vous devez vous dire : « pourquoi avoir postulé ? » Honnêtement, je ne sais pas. Peut-être par défi. J’ai tenté, sans grande conviction.

Comme je ne me mettais de pression, j’ai cartonné à l’entretien d’embauche et j’ai été prise. J’ai également été prise d’un fou rire nerveux en entendant que j’étais embauchée ! Je ne regrette pas du tout d’avoir été au-delà de ma phobie. C’est un métier très difficile, qui prend énormément d’énergie,
mais avec lequel on apprend beaucoup de chose. La gestion client, l’importance du para-verbale, savoir faire attention aux moindres détails, savoir communiquer efficacement, etc…

Enfin, j’aimerai terminer cet article par l’enseignement essentiel que j’ai reçu : se connaître. Il est important de se connaître : connaître ses valeurs, ses besoins, ses limites, ce qui nous enlève de l’énergie, ce qui au contraire nous donne de l’énergie, etc… Tous ces éléments, sont à mon sens, fondamentaux pour s’orienter dans une voie qui nous correspond.

Par les années et par mes différentes expériences, les pourtours de ce qui est important pour moi se dessinent. Aussi, commençait à émerger la question de savoir pourquoi ce calage avec les autres ? Pourquoi je n’avais pas réussi à créer du lien avec les autres durant ma scolarité ? Pourquoi ce qui semble si évident pour d’autre, ne l’est pas pour moi ? Cette impression de louper des étapes ou des subtilités. Au départ, je me disais simplement qu’il y avait d’un côté les bons et de l’autres les mauvais.

Je faisais partie de la seconde moitié, un peu comme une fatalité, je suis née « nulle ». Puis, forte de mes expériences, j’ai osé chercher une explication et aller au bout de mes questionnements. Le hasard faisant bien les choses, une de mes amies a été diagnostiquée autiste Asperger. Comme nous avons
beaucoup de points communs, elle m’a dit que je devrai faire les tests. Cependant, on qualifie souvent les autistes Asperger comme des génies ou des personnes avec un haut potentiel intellectuel (alors que c’est plus complexe que cela). Je ne me voyais pas entrer dans cette définition. Je ne me trouve pas particulièrement intelligente ou douée. Mais cela titillait ma curiosité, j’ai pris rendez-vous avec le Centre de Ressources Autistiques pour entamer les démarches et faire un diagnostic. Il faut savoir que les adultes ne sont pas prioritaires pour les diagnostics. De même, il n’y a pas beaucoup d’accompagnements pour les adultes qui se posent ce genre de question. On se retrouve assez démunis par rapport à cela. Heureusement pour moi, je prenais plus cette démarche pour une explication de mon passé, que pour améliorer mon avenir. Je n’y mettais pas trop d’enjeu. Cela a mis
un an et demi avant que je puisse être admise pour un rdv. J’ai passé les tests via un SESSAD.

Le verdict tombe, je suis autiste Asperger1. Pour moi, tout prend son sens par rapport à ma scolarité. Je comprends mieux cette sensation d’être enfermée dans une bulle. A vouloir aller vers les autres, mais il y a toujours cette membrane qui fait barrière malgré tous les efforts que l’on peut y mettre pour la percer ou la faire disparaître. Cette bulle a maintenant un nom et je le connais depuis 3 ans maintenant. Je défini l’autisme comme une particularité neurologique. Si je devais imager, ce serait comme si mon cerveau fonctionnait sous MacOs, alors que la majorité des cerveaux sont configurés sous Windows, créant ainsi des bugs de communication. De cette particularité neurologique découle d’autres particularités, mais il faut savoir qu’il existe autant d’autismes qu’il existe d’autistes.

On parle de spectre autistique, donc chacun aura sa propre nuance, sa propre couleur.
Avec le temps et l’expérience, j’ai appris à compenser ces bugs, le diagnostic m’a fait prendre conscience que je faisais cela. Il m’a permis aussi de relâcher une certaine pression que je me mettais. Pression d’être à tout prix « comme les autres », « normale » et de me montrer plus indulgente envers moi-même.

De me voir avec plus de bienveillance, j’ai compris que j’étais normale à ma manière. Tout comme j’ai appris à relativiser mon cerveau qui est tout le temps en fonctionnement/questionnement/analyse. Il y a le syndrome des jambes sans repos, moi j’ai celui du 1 : définition ici 

Cerveau sans repos. Je sais d’où cela vient, j’ai appris à repérer les éléments déclencheurs et à éviter certaines situations (ou à préparer les potentielles situations difficiles). Je peux illustrer cela par une situation toute bête, je n’aime pas dire « salut », je n’aime pas ce mot, je le trouve moche. Comme dans le mot « salut », on entend ‘sale’, j’ai l’impression d’insulter les gens en les saluant. Or, le mot salut traduit une certaine proximité avec son interlocuteur, que l’on ne retrouve pas en disant « bonjour ».

Donc, comme je ne dis pas « salut », mon interlocuteur serait en droit de se poser la question si je le snob ou si je refuse une relation plus amicale avec lui. En conséquence, je dois compenser ce « non-salut », par d’autres signes qui montrent ou attestent cette volonté de rapprochement avec la personne. Vous pouvez ainsi voir, avec ce petit détail, comment une situation anodine peut devenir problématique, si on ne met pas de suite des systèmes de compensation. Ces systèmes de compensation, demandent énormément d’énergie. Ce qui fait que je suis tout le temps en calcul de savoir si je peux, ou non, faire certaines choses en fonction de mon « niveau de vie » restant. Je dois également veiller à avoir suffisamment de repos pour ne pas me retrouver en déficit d’énergie et ne plus pouvoir avancer.

Comme dit, ce sont des choses que je pressentais, je me savais différente et le diagnostic m’a permis de mettre les choses en lumière, les accepter et avancer avec elles. De fait, c’est en étant au clair avec soi, que l’on peut être au clair avec nos projets et avec les autres.

C’est sur cette note que se termine ce bien trop long article. Il m’aura fallu 8 ans, entre l’obtention de mon diplôme et mon embauche au sein de la mission locale, pour me stabiliser dans ma vie professionnelle. 8 ans de quête, d’apprentissage et de rencontre, qui m’ont rendu plus forte et me permettent de redonner ce que j’ai reçu. Je vous remercie de m’avoir lue et j’espère que cet article aura pu vous inspirer. Très belle journée à vous et prenez bien soin de vous.

La Mission Locale propose à chacun d’entre vous un conseiller référent qui vous conseille et vous accompagne dans vos démarches de recherche d’emploi