Portrait 17 #OnVeutduVrai – Virginie

Parce qu’une vie professionnelle n’est jamais un long fleuve tranquille, parce que nous évoluons et nous saisissons les opportunités.

Et parce que, surtout, il ne faut jamais perdre de vue son objectif, nous vous proposons de découvrir à travers plusieurs articles #Onveutduvrai, le parcours de quelques salariés de la Mission Locale.

Tout au long de votre lecture, vous retrouverez l’authenticité des témoignages de notre équipe. Vous prouver qu’il est possible de réaliser ses rêves avec de la volonté et de la persévérance quoi qu’il arrive fait partie de nos missions d’accompagnement.

Aujourd’hui c’est Virginie, conseillère en insertion socio-professionnelle à la Mission Locale Alsace du Nord, arrivée il y a un an, qui nous partage son parcours.

La vie est faite de hauts et de bas, d’espoirs et de désillusions, qu’elle soit professionnelle ou privée. Le point commun entre ces vies, c’est nous. Notre façon de réagir face aux événements. Ainsi, c’est notre manière de voir les choses qui façonne la manière dont nous modelons notre vie.

« La chute n’est pas un échec. L’échec est de rester là où on est tombé. » Socrate.

La quête d’un métier qui me convienne, m’a amené à avoir des expériences professionnelles diverses et variées. Je vais vous livrer les enseignements que cette quête m’a apportée.

Le premier enseignement, a été de prendre du recul par rapport à son parcours scolaire. Prendre ses distances avec l’élève que l’on était et les remarques que l’on a pu recevoir.

Je suis née en 1987 et j’ai grandi en Moselle. J’étais une élève très moyenne, discrète et dans l’ensemble, pas adaptée au système scolaire. Je ne comprenais pas l’intérêt de réciter des leçons par cœur, préférant mon esprit d’analyse et de synthèse. Ajouté à cela, le fait que j’ai besoin de comprendre le sens, l’objectif, de ce que l’on me fait faire. Or, parfois, je ne le percevais pas. Par conséquent, lorsqu’il a fallu choisir une orientation professionnelle, j’avais la crainte de ne pas être adaptée au monde professionnel. Si l’école était déjà difficile pour moi, alors qu’est-ce que cela allait être avec une entreprise, un patron et des collègues ? J’évaluais mes choix au prisme de mes peurs.

Aux vues de mes résultats moyens, l’avis du cadre enseignant était que j’opte pour la voie de la professionnalisation. J’ai cherché un patron pour faire un CAP Esthétique. Je voulais prendre soin des autres et échanger avec eux. Cependant, par rapport au métier, la seule référence que j’avais était le
fait que j’aimais apprêter ma petite sœur à l’occasion des fêtes. Je n’en avais pas cherché d’autres, je ne m’étais pas intéressée plus que cela au métier. J’avais fait un stage dans un institut (stage avant embauche), et est venue la question de la motivation, je n’ai pas réussi à répondre au chose que cela.
Verdict, manque de maturité et trop de timidité. Cela confirmait mes craintes et je n’ai pas réussi à trouver de patron. Me vient alors à l’esprit que je ne connais peut-être pas le monde professionnel, mais je connais le monde scolaire… je vais choisir la sécurité et être professeur. J’aurai la dimension de prendre soin, je veillerai sur les élèves qui me seront confiés et je pourrai leur transmettre un sujet qui m’intéresse beaucoup. Eh oui, je ne voulais pas être un « simple professeur », mais un professeur d’enseignement religieux ! Mon prof principal de l’époque a tout de même essayé de m’orienter vers
une voie professionnelle, compte tenu de mes résultats : Bac Pro Secrétariat. Etant une personne organisée, j’aurai été très bien dans ce métier, d’après lui. J’ai refusé en disant que l’organisation ne faisait pas partie de mes centres d’intérêt… et je redouble ma seconde générale. La deuxième seconde a été tout aussi difficile que la première. Afin de justifier mon passage en première littéraire, j’ai dû me rendre au CIO pour y faire des tests. Ils serviront à appuyer, légitimiser, ma demande de passage.

Cela fonctionne. Je vais au Bac, je l’obtiens (au rattrapage) et je vais à la faculté de Théologie de Metz. Là, c’est la révélation ! Je n’ai plus de difficultés d’apprentissage, je me sens épanouie car j’aime ce que je fais et ce que j’apprends. Cela a du sens pour moi. Je sais pourquoi je le fais et où cela va me mener. Je prends également conscience que mes notes n’étaient pas le reflet de mon intelligence. Je me surprends même à participer aux cours et à la vie collective, n’ayant plus peur de « dire des bêtises », de ne pas avoir le niveau. J’ai adoré mon passage à l’université, j’ai poursuivi mes études jusqu’au
Master, que j’ai eu… avec mention Bien ! J’ai exercé le métier de professeur d’enseignement religieux en parallèle de mes études, c’était une forme d’alternance. Je l’ai fait de ma troisième année de licence, jusqu’à l’obtention de mon master.

Cela été très formateur pour moi. Cela m’a aidé à prendre de la distance avec mon expérience scolaire, j’ai pris confiance en moi et en mes capacités. Cela m’a surtout aidé à m’exprimer… et être mobile. J’ai passé mon permis à 21 ans et, à la base, il ne devait me servir uniquement pour faire le trajet maison
– gare SNCF, pour pouvoir aller tranquillement à l’université sans déranger mes parents. 4 mois plus tard, me voilà professeur remplacement sur le territoire mosellan ! Au plus fort de mes remplacements j’avais 3h de route par jour (petite pensée à ma Twingo Liberty de l’époque, qui a été vaillante jusqu’au
bout). Mes remplacements s’arrêtent avec l’obtention de mon master.

Après cela, vient ma deuxième leçon : les dangers de la passion.

J’ai grandi avec les mangas. Merci le « Club Do’ », « Pokemon » et « Yu-Gi-Oh » !), je me suis donc intéressée à la culture japonaise. J’ai tout de suite « matché » avec cette culture, dont je me sens assez proche par certains aspects. Au moment de choisir un sujet de mémoire pour la validation de mon Master, j’ai voulu concilier le travail et le loisir. J’ai trouvé, mon sujet de mémoire était « l’image du christianisme dans les mangas », passionnant !

J’étais très fière lors de ma soutenance et mon sujet a beaucoup plu. Avec le recul, je pense que j’ai mal géré la suite de mon cursus universitaire
« classique ». J’aurai voulu poursuivre en doctorat et être professeur-chercheur, dans le but d’être un médiateur entre le christianisme et le Japon, par le biais des mangas. Seulement voilà, j’avais tellement la tête dans le guidon, tellement persuadée aussi que comme c’est ma passion, les choses allaient venir à moi… que j’ai loupé le coche. J’aurai dû chercher une structure d’accompagnement qui m’aurait guidé dans les différentes étapes à suivre, qui m’aurait informé des délais de candidatures, qui m’aurait montré les différents chemins possibles, etc… J’ai fait les choses seule, j’ai perdu du temps.

J’ai perdu une année en loupant les demandes de bourses de doctorat. Qu’à cela ne tienne, je le fais l’année suivante et je me mets en quête d’un directeur de mémoire. J’ai trouvé un candidat potentiel. Je le rencontre, mais il me dit que mon sujet de mémoire serait mieux en anthropologie. Il faut que je refasse un master, face une demande de bourse, puis j’entrerai en doctorat, le tout à Lyon III… Easy !
C’est un choc. Je ne peux pas le faire, je n’ai pas les moyens financiers d’aller à Lyon, surtout que mon frère et ma sœur allaient entrer à l’université à leur tour. Couplé à cela, le fait que le nombre d’attribution de bourses de doctorat en sciences humaines est assez faible. Enfin, et surtout, j’avais
peur de mon niveau, peur de ne pas être à la hauteur du niveau de Lyon III, une université réputée. Scolarité quand tu nous tiens…
Mon projet de doctorat s’arrêtait donc là. Mais la passion a pris le dessus. Si je ne le faisais pas par le biais de l’université, eh bien je le ferais par moi-même ! Je me mis en quête de rejoindre le Japon et de publier mes recherches en indépendant. Je refusais de lâcher. A ce moment-là, je me mis à rechercher un métier plus pour atteindre un objectif, que pour me réaliser. Je n’étais plus une personne qui porte un projet, j’étais devenue mon projet. Je ne m’identifiais plus que par lui. Je me suis perdue.

Alors, quand on sort d’un cursus universitaire avec un master en théologie, trouver un emploi n’est pas chose aisée. Mon premier entretien avec Pôle Emploi me donnera un bon coup de massue : « qu’est-ce que vous voulez que je fasse avec un master en théologie ? » Ah le dur combat entre le
savoir et le savoir-faire… J’avais des savoirs, mais pas de savoir-faire. Il fallait que je me forme et j’ai mis un an avant de me résigner à cette évidence (Moi, têtue ? Jamais !) Pendant cette année de « réflexion », j’étais en contrat aidé en tant qu’assistant d’éducation dans un collège. Le hasard a voulu
que ce soit dans le collège où j’y ai subi du harcèlement scolaire. J’ai vécu toute ma scolarité exclue par les autres. Je n’ai pas su me faire des amis. J’étais celle qui était « bizarre », pas comme tout le monde, trop gentille, trop discrète, « à côté… ». Mais cette année de 6° a été particulièrement violente,
car en plus du verbal, cette année là il y avait du physique : gouache dans le sac, croche-patte dans les escaliers, vols, menace de mort (comme j’étais discrète on ne faisait pas attention à moi, on ne me voyait pas. Donc je voyais ce qui devait être caché, malgré moi, et malgré moi je devenais une menace). Le retour dans ce collège ne se fit pas sans une certaine émotion, surtout que le CPE de l’époque était toujours en activité. J’ai tenu mon contrat, il s’est bien passé. J’étais arrivée dans ce collège à un moment particulier de son histoire : il allait être détruit. En effet, un nouveau collège a été construit
et c’était l’année de transition entre l’ancien et nouveau. Tout un symbole.

Après mon contrat, j’ai eu un nouveau rdv avec ma conseillère Pôle Emploi. Elle insiste sur la formation
et justement elle en a une à me proposer. C’est une formation d’Assistant Polyvalent de Tourisme, elle est dispensée par la CCI des Vosges à Saint-Dié. Dans ma tête cela ne fait qu’un tour : Tourisme -> Voyage -> Japon, Banco j’y vais ! Cette formation permettait de travailler soit dans l’hôtellerie, soit dans les agences de voyage, soit dans les offices de tourisme. Tout s’est déroulé très rapidement, en une semaine je me suis retrouvée à débuter ma formation. Nous sommes un petit groupe de 10 stagiaires, on forme vite un groupe soudé et la formation sera une superbe expérience.

Grâce à elle, j’ai pu faire un stage de 3 mois en tant que réceptionniste dans un hôtel 4 étoiles à Füssen, en Bavière,
près du château du Neuschwanstein (autrement appelé, le « château de Disney »). Ce fut un stage très formateur car il m’a amené à ce que je puise dans mes ressources pour pouvoir m’adapter à la langue, à la manière de travailler, de vivre. Ce fut un superbe stage, j’en garde un très bon souvenir et j’ai même pu avoir une lettre de recommandation à la fin. Une embauche n’avait pas été possible car mon niveau d’allemand était trop faible par rapport au standing de l’hôtel. De retour en France, je demande donc une formation d’allemand renforcé avec immersion. Je l’obtiens et me voilà stagiaire du Greta.
Après une expérience en Bavière, ma prochaine immersion se fit à Bitburg… Je suis restée sur le thème de la bière haha. A la fin de la formation au CCI et à la fin de ma formation d’allemand, je me retrouve avec un niveau B2 tant en anglais, qu’en allemand. Je suis donc plutôt confiante quant à mes
possibilités d’embauches. Je décroche mon premier CDI quelque semaines après, dans un hôtel de Strasbourg.


Et là c’est la désillusion. Désillusion car, comme je le disais plus haut, je suis entrée dans cette voie pour en poursuivre une autre et non pour le métier en lui-même. Je n’ai pas bien réfléchi à ce métier, à ce qu’il impliquait. Je ne me suis pas posé non plus la question si j’étais faite pour celui-ci. Toutes ces réalités vont me sauter en pleine figure. Le tout, dans une entreprise où l’on était en sous-effectif et où se pratiquait le harcèlement. Nous n’étions que deux temps-plein pour gérer 92 chambres (avec la réception/bagagerie/bar/room service/administratif) et après 2 mois de présence dans l’entreprise, j’étais la plus ancienne employée et j’ai dû former les nouveaux. J’ai fini cette expérience en burn-out et j’ai quitté l’entreprise avec une rupture conventionnelle. Néanmoins, j’ai eu une prise de conscience importante grâce à cette expérience. J’ai fait le deuil du Japon une bonne fois pour toute, j’ai loupé le coche et je l’ai admis. J’ai découvert qu’il est également important que j’aie une stabilité dans mon rythme de travail. Dans cette entreprise, je pouvais être 2 jours de matin (7h – 14h45), puis 4 jours de soir (14h15 – 23h). Puis cela changeait la semaine suivante. Nous avions les plannings à la semaine, le
jeudi pour le lundi suivant. Donc nous ne savions jamais comment nous allions travailler, créant ainsi une impossibilité à s’organiser dans la vie privée. Ceci était accentué par le fait que les weekends et jours fériés pouvaient être travaillés. La vie privée était grignotée à son maximum. En plus de cette
envie de stabilité vie privée/vie professionnelle, j’ai découvert que j’étais frustrée de la relation clientèle. Frustrée que nos échanges se résument à la stricte politesse, au renseignement. J’ai découvert que j’aime échanger avec les autres. C’est sur ce point que je devais orienter mes recherches
pour ma future vie professionnelle.


Le danger de la passion est là, on s’oublie, on ne fait plus de distinction. Et lorsque la passion intervient dans le domaine professionnel, la vigilance doit être d’autant plus grande car les mondes se confondent et il n’y a plus de temps de pause. Il faut être clair avec soi-même sur l’étendue du professionnel dans le privé, et vice-versa. Sinon, il y a le risque de se brûler les ailes. Depuis, je ne regarde plus de manga, je continue seulement la lecture de séries que j’ai commencé et je ne me renseigne plus sur les nouveautés. J’aime toujours les mangas, mais ils ne font plus partie intégrante de ma vie. C’est un peu comme une relation amoureuse qui se termine, chacun reprend le cours de sa vie de son côté.

 

La Mission Locale propose à chacun d’entre vous un conseiller référent qui vous conseille et vous accompagne dans vos démarches de recherche d’emploi