Le 1er mai : késako ?

Alors, le 1er mai, c’est un jour férié, c’est la fête du travail ! Cool : on ne travaille pas !

Mais si on a une approche purement sémantique du terme, il devient alors complètement paradoxal de NE PAS travailler… le jour de la fête du travail non ? Ben oui ! le jour de la fête du travail, plutôt que de ne pas travailler, ne faudrait-il pas plutôt, travailler plus ? Où travailler gratuitement ? Pour célébrer le travail ?

Et là j’arrête tout de suite, les employeurs de France (qui sont par ailleurs des travailleurs eux aussi…) ayant déjà commencé à tailler ce bloc de granit pour me créer une statue, si on ne travaille pas le 1er mai, c’est qu’il y a une raison ! En plus, l’histoire très récente nous a déjà montré, canicule oblige, qu’on pouvait faire travailler les gens un jour férié… C’est une mesure temporaire qui dure, complétant ainsi la panoplie du paradoxe.

Et cette raison donc ? Et bien comme presque toujours pour expliquer notre présent, cette raison a une valeur historique ! Pour comprendre le monde d’aujourd’hui, il faut connaître celui d’hier, c’est aussi simple que cela ! (les professeurs d’histoire apprécieront).

Mais du coup de quoi parles-t-on ?

Déjà, le 1er  mai est le seul des 10 jours fériés en France qui n’ait ni une origine guerrière, ni religieuse, ce qui en fait de fait, le plus inclusif et fédérateur.
Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il ne s’est pas créé sans du sang et des larmes…

A la fin du 19eme siècle ; la colère gronde dans les rangs ouvriers à travers le monde. La condition ouvrière décrite par Zola dans Germinal en 1885 est à la limite du reportage. Aux Etats Unis, en 1886, les ouvriers de MacCormick profitent du 1er mai, 1er jour de l’année comptable qui marque la fin des contrats et les obligent donc à déménager, pour organiser une journée de revendications, afin de réduire le temps de travail quotidien à 8h. Les événements des jours suivants dégénèrent, la police tire sur les manifestants faisant plusieurs morts, et plusieurs ouvriers arrêtés sont condamnés à mort.

En Europe, le mouvement se propage, profitant de la 2ème internationale socialiste liée au centenaire de la révolution, sous l’impulsion de Jules Guesde ; il est décidé de faire du 1er mai une journée de grève et de manifestation, dès 1889. L’année suivante, en 1890, à Fourmies dans le nord, la journée tourne au drame, la police tire dans la foule et 10 personnes sont tuées, dont 2 enfants, dont l’une portait une robe blanche avec une églantine rouge accrochée à la boutonnière (nous reviendrons sur la symbolique) la où les ouvriers arboraient un triangle rouge censé représenter l’équité entre le temps de travail, de sommeil et de loisirs sur une journée, 3 fois 8, faisant 24.

Ces événements sanglants, en France et aux Etats Unis trouvent écho à travers le monde, et dans la plupart des pays, la tradition d’une journée de revendications prend forme. Il faut attendre 1919 en France, pour que le parlement valide la journée de 8h et le côté chômé du 1er mai, et ce n’est qu’en 1948 que le 1er mai est institué comme jour férié chômé, et payé.

Dans le monde, les traditions différent, même si grosso modo pour plus des ¾ des pays, le 1er mai est associé à une fête des travailleurs, et donc du travail.

Aux Etats Unis, le 1er mai est toujours associé aux revendications, même si le « Labour Day » est chômé le 1er lundi de septembre. En Allemagne la journée est fériée et les syndicats défilent dans les rues, en Italie, depuis la fin des années 80, une tradition de concerts géants a pris forme ce jour là ; où les gens descendent chanter et danser dans les rues.

La genèse de cette journée étant la réduction du temps de travail par la grève, il devient plus logique de ne pas travailler le 1er mai.

Et pourquoi le muguet du 1er mai ?

Comme évoqué tout à l’heure ; longtemps la symbolique du 1er mai a été liée à l’Eglantine en référence à cette jeune fourmisienne tuée lors des émeutes de 1890. Chaque lutte sociale se fédérant plus par le symbole, on a bien eu des « Gilets jaunes ».

Avant d’être associé au travail, le 1er mai était à la fois associé à la fête du printemps et de l’amour. Au 15ème siècle, les princes et seigneurs se rendaient en forêt pour couper des rameaux afin de décorer les maisons, et l’on fabriquaient des couronnes de fleurs pour les porter et les offrir à l’être aimé… (Ca ne vous rappelle pas une « fête » plus commerciale ?) Il subsiste dans certaines régions cette coutume de l’arbre de mai, comme de la Hexenacht par ici, dernière nuit nous menant au printemps.

Charles IX offrait lui au printemps des brins de muguet, fleur de saison et sa fleur préférée, à toutes les femmes de la cour, en déclarant « et qu’il en fut ainsi chaque année ».
Dans la symbolique des fleurs, le muguet est la fleur associée au retour du bonheur, et l’on dit que la personne qui recevrait un brin de muguet à 13 clochettes serait favorisées par le destin. (tiens tiens.. le chiffre 13). Des bals étaient organisés par les jeunes gens qui s’habillaient tous en blanc, et c’était le seul bal de l’année d’où les parents étaient bannis..et les demoiselles se voyaient fleurir d’un brin de muguet à la boutonnière.

C’est ainsi que la symbolique, mélange de ces différents usages, a pris corps. Il est à noter que c’est le seul jour de l’année où l’administration fiscale autorise la vente de brins de muguet sans percevoir de taxe dessus à la seule condition de les avoir cueillis.

Toutes ces raisons font de ce jour un des plus beaux de l’année… Ce retour historique a plus de poids qu’un teaser de blockbuster : du sang, des larmes, de la colère, de l’amour et du bonheur… Le 1er mai est décidément un jour particulier, que le peuple a gagné ! Quand à votre brin de muguet cette année, reçu où donné, il prendra peut être plus de saveur que la force de l’habitude…

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